L’Autochrome Lumière
Auguste et Louis Lumière sont connus dans le monde entier pour avoir inventé le cinématographe en 1895. Mais leur œuvre scientifique est bien plus vaste. C’est dans leurs usines lyonnaises, à partir de 1891, qu’ils développent en parallèle ce qui deviendra le premier procédé couleur industriellement viable de l’histoire.
L’autochrome fonctionne sur le principe de la synthèse additive des couleurs — le même principe que les écrans LCD ou OLED que vous utilisez aujourd’hui. Chaque granule de fécule est un minuscule filtre coloré. L’œil humain, incapable de distinguer des points séparés de moins de 0,1 mm à distance normale, fusionne ces millions de petites taches colorées en une image continue.
La fabrication d’une plaque autochrome est un processus industriel complexe qui requiert une précision extrême. La moindre irrégularité dans la distribution des granules ou l’épaisseur de l’émulsion se traduit directement par un défaut de rendu chromatique.
L’esthétique autochrome est immédiatement reconnaissable. Les couleurs sont douces, légèrement voilées, avec une qualité lumineuse que les photographes de l’époque comparaient aux vitraux gothiques ou aux toiles des Impressionnistes et Pointillistes. Cette palette particulière tient à la physique même du procédé.
L’autochrome a dominé la photographie couleur pendant près de trente ans. Son abandon au profit du Kodachrome (1935) ne tient pas à un défaut de qualité, mais à l’impraticabilité croissante d’un support en verre lourd et fragile face aux films souples et légers. Ce qu’il a laissé est considérable.

The Taj Mahal at Agra, India in the early morning light. Autochrome photo dated 1914 by Helen Messinger Murdoch.